L'homme qui a surclassé le FBI avec une recherche Google ⌨

pour trouver le fugitif le plus recherché d'Amérique

Cette newsletter est proposée par le Startup studio Pareto. Pense à t’abonner !

En 2013, le fondateur de la place de marché noir Silk Road, Ross Ulbricht, est interpellé par le FBI après des années de traque infructueuse.

Silk Road, s’appuyant sur le réseau Tor, générait des milliards de dollars de volume d’affaires chaque année, grâce à la vente de biens et de services souvent illégaux, notamment des armes (retirées en 2012), des drogues, etc. Le tout échappant évidemment à toute forme de taxation et de contrôle de la part des états.

Attraper son fondateur était ainsi devenu une obsession pour les autorités américaines, humiliées par une paire de geeks dévoués. Mais c’est un simple inspecteur des impôts de la ville de New York qui a réussi à le retrouver, depuis chez lui, avec un outil trivial : la barre de recherche Google.

Meet Gary

Gary Alford est un peu atypique : il est obsédé par la mémoire. Par conséquent, tout ce qu’il lit, il le lit 3 fois : articles, livres, leçons, etc. Il est convaincu que ça lui donnera un avantage sur le long terme.

La 3eme fois qu’il lût le whitepaper du Bitcoin, Gary devint obsédé par le problème de la “ruine du joueur” (Gambler’s ruin en Anglais) qui stipule que le Casino finit toujours par gagner contre un client : si ce dernier continue à jouer, ce n’est qu’une question de temps avant son inévitable déclin.

D’après ce raisonnement et se sentant investi d’une mission, Gary considéra que Dread Pirate Roberts, le pseudonyme du fondateur de Silk Road, était le joueur - et lui-même le Casino. Chaque jour qui passait augmentait son avantage.

Mais comment rivaliser avec les moyens d’institutions importantes, quand tout ce que l’on possède est un ordinateur ?

Alors il s’est souvenu d’une vieille histoire… qu’il avait lue 3 fois.

The son of Sam

Le "fils de Sam” était un tueur en série actif dans les années 1976-1977 à New York. Malgré des ressources illimitées, la police ne parvenait pas à le coincer avant qu’un agent ait le raisonnement suivant : aucun serial killer ne s’interromprait en plein crime pour payer un horodateur.

Alors au lieu de chercher des indices classiques, les enquêteurs ont vérifié tous les PVs de stationnement distribués près des lieux de meurtre, jusqu’à trouver une voiture qui était systématiquement dans la zone où se déroulaient les drames… celle du meurtrier David Berkowitz. Celui-ci a été interpellé dans la foulée et une leçon forte en a été tirée par Gary : parfois, il faut revenir à une réflexion simple pour résoudre un problème qui paraît complexe.

Ainsi Gary s’est mis en tête d’appliquer un raisonnement outside the box pour sa propre traque.

Share

La recherche google

Plutôt que d’essayer de remonter le dark web, il s’est posé la question suivante : quelle est la première mention de la place de marché Silk Road sur le web traditionnel ?

La logique était que pour faire la pub d’une nouvelle plateforme sur un réseau souterrain à une grande audience, il faudrait bien finir par s’appuyer sur l’internet mainstream.

En tapant “Silk Road .onion” dans google (ndlr : .onion est l’extension utilisée sur Tor), l’inspecteur des impôts est tombé sur un post d’un forum Bitcoin datant de 2011, posté par un certain "altoid” :

"Avez-vous entendu parler de Silk Road ? C’est comme Amazon.com, mais anonyme”

Gary a ensuite contacté tous les forums où apparaissait le pseudo “altoid”. La plupart avaient des faux emails dans leur base de données, sauf un, le plus ancien, qui était associé à l’adresse email… RossUlbricht@gmail.com.

Gary avait tapé juste - c’était bien le fondateur de Silk Road qui s’était servi des forums Bitcoin pour promouvoir sa plateforme, et qui avait laissé une empreinte de trop…

Après avoir ignoré l’inspecteur des impôts quelques semaines, le FBI a fini par reconnaître qu’il avait raison - et ils ont interpellé le fautif. Des débats ont d’ailleurs toujours lieu sur la peine de prison a perpétuité qui lui a été donnée, mais là n’est pas l’objet de cet article.

L’objet est d’attirer l’attention sur le fait que des équipes de dizaines de personnes, avec des technologies hors de prix, ont été battues par une simple recherche google.

Avec cette expérience, Gary a démontré qu’il était possible, avec de grandes qualités organisationnelles et des outils communs, de surpasser les meilleurs des experts. Car comme on le sait, les spécialistes ne sont pas toujours les mieux placés pour résoudre des problèmes inhabituels.

Lateral thinking with withered technology

Cette expression, qui pourrait se traduire par “penser horizontalement avec des technologies obsolètes” vient de nul autre que le fondateur de la Game Boy, Gunpei Yokoi.

À l’époque où il imagine cette console, Gunpei est en charge de mettre au point des nouveaux concepts de jeux dans une petite entreprise dénommée Nintendo, qui peine à survivre.

Gunpei a donc un immense problème : ses concurrents, à l’instar de Sega, ont des ressources beaucoup plus importantes que lui. Il n’a pas accès à leur technologie pour créer des consoles modernes, et encore moins à leur budget pour les distribuer et les promouvoir.

Alors il se concentre sur l’usage plutôt que la technologie. En voyant des gens qui s’ennuient triturer leur calculatrice dans le métro, il se dit que s’ils avaient une console de jeu avec des dimensions similaires, ils profiteraient certainement de ces trajets pour se plonger dans des expériences virtuelles, peu importe leur qualité visuelle.

C’est ainsi qu’il imagine la GameBoy, sortie en 1989, une console qui peut se glisser dans une poche. Elle s’appuie sur une technologie basique, peu coûteuse, et de surcroît extrêmement robuste (mais pas autant que le Nokia 3310, c’est bien connu 😏).

Le reste, c’est de l’histoire : 118 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, plus d’un million de ventes dans les premières semaines aux USA, c’est à ce jour la 3eme console la plus vendue de tous les temps (sortie à une époque où il y avait moins de 5 milliards d’humains sur terre).

Jusqu’à sa mort en 1997, Yokoi en avait fait une vraie philosophie de vie. D’après-lui, la créativité est trop axée sur la technologie de pointe plutôt que sur l’expérience des utilisateurs, et il est possible de revenir aux fondamentaux en proposant des vraies innovations à bas coûts.

Une méthode plus répandue qu’il n’y paraît

Des gens comme Gunpei Yokoi et Gary Alford nous prouvent régulièrement qu’un individu organisé qui pense à contre courant peut accomplir des miracles avec une technologie accessible.

C’est avec des outils communs et une immense détermination que Bezos a mis à mal l’industrie du commerce, Zuckerberg celle des médias, et que Satoshi Nakamoto a sérieusement secoué le milieu de la finance.

En effet, la blockchain est le fruit d’un ensemble de technologies qui existait déjà depuis les années 1990, que son ou ses créateurs mystérieux ont brillamment assemblées en 2008 - sans se douter que l’homme le plus riche du monde en ferait un jour des memes sur twitter.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette technologie horizontale et obsolète… ne passe pas inaperçue.